Tu veux ou tu veux pas ?

« C’est bien, t’as compris le principe : il faut rentrer et puis sortir de la madame. Mais, franchement, là, je m’emmerde ! » Je m’en veux d’avoir prononcé cette phrase et espère que ce brave garçon rencontré au hasard d’un bar n’en garde pas de séquelle. J’ai eu besoin d’une action pour me dire que plus jamais. Qu’à partir de là, le sexe, ce n’est absolument que quand j’en ai envie. Plus de « Peut-être que pendant, je vais me retrouver excitée » ou de « Je n’ai rien d’autre à foutre et ça lui fera tellement plaisir ».

Il y a des fois où l’envie est plus forte que d’autres, des garçons pour lesquels mon excitation est camarade, d’autres dont la simple odeur est pour moi un appel au déshabillage. Je la connais bien, l’envie, c’est mon amie depuis si longtemps. Chaleur. Pulsations du clitoris. Les sens plus acérés. Le souffle plus rapide. Puis mouillée.

Rien à voir avec la lassitude de dire non et une pauvre chatte qui n’est pas là. Quand j’ai envie de sexe, je suis pleine de vie, ça bouillonne. Trop. Dans tous les sens. Putain d’intensité.

Je me suis auto-violée pendant des années. J’avais mes raisons. Je ne le regrette pas. J’ai fait le mieux que je pouvais avec ce que j’avais. Le sexe m’a aidée dans des voies qui n’étaient pas toujours sexuelles. Besoin de m’aimer, de m’estimer, d’avoir le droit d’être là, d’avoir le droit d’être moi.

Envers l’autre, aussi. Accès plus rapide à l’intimité, moyen d’être moins impressionnée par tel ou tel. Apaisement dans mon couple. Pendant des années, je n’avais plus envie de mon amoureux d’alors mais je faisais l’amour avec lui. Pour lui.

Puis des services rendus. De gentils garçons très timides. Des amis que j’aimais bien même s’ils ne m’excitaient pas des masses. Des gays qui voulaient voir ce que ça fait avec une fille. Une personne qui voulait essayer telle ou telle pratique. Un pote qui a besoin de se vider les couilles… Une amie, se gaussant, m’appelle parfois « la mère Teresa du cul ».

Dans ces cas-là, ça m’arrive encore. Une pipe sans mouiller. Une baise ennuyeuse. Parce que j’adore cette relation. Parce que je sens que j’aide l’autre à avancer. Parce que ça se fait dans la sincérité. Chacun par rapport à soi et l’un par rapport à l’autre. Quelque part, la tendresse pallie la faiblesse de l’afflux de sang.

Mais aujourd’hui, si mon corps me dit qu’il ne veut pas, je l’écoute. Absolument. Même si je dois me taper jérémiades, négociations, mauvaise foi et parfois insultes. C’est un truc que les garçons ont du mal à accepter, ça, que « la fille qui dit oui à tout le monde » leur dise non à eux.

Je ne sais pas toujours pourquoi elle ne veut pas, ma chatte. Mais je ne suis pas inquisitrice. Elle n’a pas besoin de se justifier. Juste de me dire non. Ou qu’elle n’est pas à l’aise. Je l’écoute. C’est son droit le plus fondamental. Si elle a envie de me parler de ses raisons, elle le fera. En son temps. Souvent, elle est timide. Préfère qu’on soit seules toutes les deux pour ça. Quand je suis là, disponible, pour moi, pour elle. Je n’ai plus peur d’une panne : ma chatte et moi, on se respecte, on ne se laisse pas tomber.

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à celles qui n’ont pas pris cette décision. Il y a plein de raisons pour décider d’entreprendre un rapport sexuel. Mais je suis heureuse d’écouter la petite voix intérieure de mon désir. Heureuse de ce choix. De notre relation, à ma chatte et moi.

La liberté des femmes, c’est aussi la liberté de chacune de choisir ses critères.

Mais honte aux mecs qui ne respectent pas le « non » d’une femme. Toujours. Dans quelque contexte que ce soit. Et honte aux femmes qui disent non quand elles pensent oui. Faut pas s’étonner qu’après, ils soient perdus, les pauvres !
Le viol n’est absolument pas justifiable, le violeur, toujours coupable. Mais si on était plus clairs les uns avec les autres, ce serait déjà un bon pas en avant vers la compréhension de l’autre. Un beau pas vers la jouissance des uns des autres. Baiseurs et baiseuses, amoureux et amoureuses, vos raisons vous appartiennent et personne n’a à les juger. Mais que votre « oui » soit « oui » et que votre « non » soit « non ».

Illu — Itinéraire 2

Texte paru initialement dans Feever.
Illustration : Frédérique Janssens