Those nights’ fever

Flashes de cette soirée. Le Guitariste, là, derrière moi. Errance. Madame Edwarda en tête. Mon rire, comme le sien. Rues vides. Échos dans la nuit. On avait décidé d’aller dans un club échangiste. Beaucoup de stations avant d’y arriver. Chemin de Croix hilare. Flash. On s’arrête. « C’est encore loin, ton truc ? » Il ne sait pas trop. Je le suce. Rue déserte. Flash. Je le perds. Son désir alors qu’il court vers moi retrouvée. Flash. Porte close. Le club a fermé la veille. On se dit au revoir. Un guitariste seul dans la nuit bruxelloise, son goût sur la langue.

Des années plus tard. Coin de boulevard. Le Cinéaste. On s’est chauffés toute la soirée en faisant nos grandes gueules, à qui sera le plus obsédé sexuel. On va empêcher la nuit de mourir dans une gargote quelconque. Mais c’est trop d’attente pour nos excitations. J’ai une robe, pas de culotte, il le sait. J’en relève un pan, contre un mur. Il comprend, se colle, me pénètre. Rapide, animal, coups de butoirs. Petite transe pour petites morts.

Ma vie, parsemée de ces bouts de nuit. Quand je regarde en arrière, je pense que cette image générique-là, ces sexes trop impatients pour attendre le gîte, est une de celles que je chéris le plus. Je ne sais exactement pourquoi. L’excitation du risque d’être pris, la transgression, bien sûr. Mais beaucoup plus que ça. Le désir pur, brut, qui s’en fout bien de transcendance ou de rock n’roll. Qui est là, comme est la vie. Dans tout son chaos, son impétuosité. Là, fort, vrai.

Après-midi ensoleillée. Celui Qui aurait Dû. Depuis qu’on a dix ans, on se désire, on a été amoureux, ça ne s’est jamais fait. De loin en loin, on ne peut s’empêcher de se revoir. Il dit qu’il n’a jamais trompé sa gonzesse. Deux bières après, avec moi ce ne serait pas la même chose, ça fait si longtemps, je suis une exception. Je lui demande si il est sûr, absolument. Il dit que oui. Du coup, les bois. On cherche un endroit, ça prend du temps. Le désir s’émousse puis revient. On ne se regarde pas. Rit gêné, comme si on était forts. Enfin, l’endroit parfait. Et subitement, ces bois ne conviennent plus à l’exception que je suis. Subitement, une pipe à la sauvette n’est plus possible. Subitement, des promeneurs inexistants pourraient sans doute aucun nous croiser. On s’embrasse pour dire que. Se caresse les parties génitales pour ne pas avouer que pas. Sur le chemin du retour, il fait porter la Faute à la terre entière, pas trop à lui.

L’opposé de mes belles, si belles errances nocturnes. Madame Edwarda le cède à Madame Bovary. La vie que je ne veux pas mener.

Diogène, Those nights, Cara


Texte paru initialement dans
Feever.
Illustration : Cara.