Sommeil

Tu me regardais dormir. Tu dis ça avec une voix tendre et un sourire.
Tu m’as regardé dormir pendant des heures, tu dis.
Qu’as-tu volé de ma mort imagée? Quel abandon, quelles tensions te sont apparus?
Comment te les es-tu appropriés?
Violée, au moins, tu ne me volerais que quelque chose de moi.
Mais là… tu as greffé tes fantasmes de ce que tu voudrais que je sois à ce moment que je ne te donnais pas.
Tu m’as volé des moments de moi que je ne connais pas.
Qu’en as-tu faits pendant toutes ces heures?
Je me semble étrangère à moi-même. Ce moi qui a habité dans ton cerveau alors que je m’égarais dans ma fiction personnelle.
J’essayais de ne pas avoir peur de ce que je te donnais. J’essayais de ne pas avoir honte d’être moi. De me convaincre que c’était assez, que ce n’était pas dangereux.
Et tu m’as regardé dormir.
On n’est pas censé en vouloir à quelqu’un pour ça. On doit en être flatté.
Et quelque chose dans mes sentiments naissants et ma confiance s’est cassé.

 

Je t’ai regardé dormir.
Tu étais laid, mou, répugnant.
Je crois que ta mort aura plus beau visage.