Procrastination

« Procrastination » ? Franchement, pour ma première émission, vous n’avez pas choisi le thème le plus facile pour moi, les gars !
« En quoi on procrastine dans le cul ? », me suis-je demandée, ainsi qu’aux miens amis avec qui je me bourrais copieusement la gueule pour préparer cette émission — ça demande de l’abnégation, les combats contre la page blanche.
Tout ce qu’on a trouvé, c’est des interrogations sur l’existence de la procrastination masturbatoire. Il y a des gens qui remettent au lendemain ce qu’ils peuvent branler aujourd’hui ? (Auditeur, ton expérience m’intéresse !)

Et puis j’ai eu ma réponse et c’était moins rigolo, tout de suite.

C’est que, vous voyez, je viens de sortir d’une relation. Et elle ne me rendait pas du tout heureuse. Et là, effectivement, j’ai connu de la procrastination pour le cul. Plus moyen de baiser. Quand il n’était pas là, ça me manquait à fond, j’imaginais plein de scénarios pour dès qu’on se retrouverait (ce qui a fait, d’ailleurs, les beaux jours de mon amitié avec mes mains), mais dès qu’il était là, pas moyen. Je me retrouvais, pucelle effarouchée, avec des petits rires gênés ridicules, à lui sortir mauvaise excuse sur excuse à la con.

Eh ben les potes — je vous appelle « les potes », hein, ça va ? — eh ben les potes, mon corps était bien moins con que mon cerveau, laissez-moi vous le dire ! Et si je l’avais écouté plutôt que de faire le gros connard de dragueur de bar aux couilles pleines à me culpabiliser, je me serais sans doute évité bien des jours de pas bien au fond de mon fauteuil avec même pas la force d’aller chercher de la glace au frigo.

Parce que pour qu’il y ait le beau, le fort, l’abandon, le corps qui irradie et qui surfe sur la moindre vague qu’on crée ensemble, il faut que je sois bien. En confiance. Il faut que je me sente acceptée.
Et là, c’était pas le cas. Et mon imbécile de cerveau ne voulait pas le voir. Mais mon corps, à lui, on ne la lui fait pas ! Il ne voulait pas. Il sait que c’est une base non-négociable.

Comme quoi, à l’instar des insectes ou de nos mains, la procrastination peut être notre amie si on lui demande ce qu’elle fout là.

Texte écrit pour l’antenne de Fiesta Panik.