Chatte sur un toit brûlant

Elle tend le cul et me regarde dans les yeux. Elle grogne, trépigne ; elle sait ce qu’elle veut et, putain ! qu’est-ce qu’elle le veut ! Elle crie à pleins poumons, se frotte, marque tout ce qu’elle peut de son odeur. Il est aussi des moments d’accalmie, où elle se repose, lovée. Elle a l’air crevée. J’ai du mal à lui parler. Elle ne m’écoute pas. Tendue entièrement dans le besoin. L’impératif.

Et pourtant, le coït est douloureux pour elle. Mais elle n’est plus qu’un être qui tend à être sailli. Et elle s’égosille.

On peut, bien sûr, imaginer qu’on sait ce qu’il se passe dans la tête de quelqu’un d’autre. Ce n’est jamais vrai. On peut juste faire un transfert de ce qu’on a ressenti dans des situations semblables, ou lorsque l’on s’est comporté de manière similaire. C’est encore plus difficile quand il s’agit d’une autre espèce que la nôtre.

Parce qu’on n’a pas les mots. Et que le sapiens sapiens, si mal nommé parce que par lui-même, a injustement tué peu à peu les autres moyens de communication. Pourtant, je les connais, mes chats. On arrive à se faire comprendre les choses qui nous importent. Mais là, la communication me semble coupée. J’ai du mal à la reconnaître. Elle n’est plus pour moi qu’un instinct de reproduction qui fait un bruit infernal.

Je la regarde et je me demande comment c’est, chez moi. On a bien sûr tendance au premier abord à se sentir au-dessus de tout ça. On est des êtres humains, merde ! Mais voilà. Philosophiquement, scientifiquement, je nous crois juste une espèce au milieu d’autres. Et nous avons des comportements fort semblables en ce qui concerne les étapes importantes de la vie. D’autant plus que nous sommes, toutes les deux, des mammifères.

Mais voilà. Moi qui n’ai jamais voulu d’enfants, je suis maintenant plus attirée par des mecs avec qui je m’imagine élever un petit d’homme. Moi qui aime tant le sexe et ma liberté, je me retrouve embarquée dans un couple.

Moi qui ai failli faire une remarque sardonique de mauvais goût à ma gynéco lorsqu’elle m’a annoncée que j’étais fertile, j’ai dormi pendant une semaine la main sur le ventre en attendant les résultats de cette prise de sang. Moi qui me suis proclamée bien heureuse de ne pas être enceinte et pfui, j’ai eu chaud, vois les larmes couler le jour anniversaire de cette naissance qui n’a pas eu lieu.

J’ai décidé de la faire opérer mais c’est une décision qui me pèse parce que je ne peux pas lui demander son avis. Peut-être qu’un jour, elle se frottera à des petites jambes d’un autre être qui m’empêchera de dormir à cause de ses cris infernaux.

Je sais que, si c’est le cas, une chose que je voudrais lui apprendre, c’est qu’on ne sait jamais ce qu’il y a dans la tête des autres. Et même si je ne le comprends pas, je l’accompagnerai dans ses comportements qui m’emmerdent avec des caresses, un ton doux, et ce que je peux de mes mots. Comme moi avec elle maintenant.

 

 Texte paru initialement dans Feever.