Ah ! la claire fontaine !

Depuis des semaines, je cherche l’angle par lequel te parler des femmes fontaines que nous sommes, j’en suis persuadée, toutes. C’est un sujet sur lequel on me pose énormément de questions. Et une chose qui apporte énormément de plaisir. Ce matin, acculée par la deadline,  je trimais durement au rythme du fouet esclavagiste sur ma peau d’albâtre lorsqu’un mien ami (appelons-le « Jean-Eudes »), photographe français qui a vécu pendant un moment à Bruxelles, vint m’alpaguer.

Jean-Eudes — La forme ?
Diogène — Ça va. Je me réveille sur facebook avant d’écrire un article sur le squirt !
Jean-Eudes — Si tu as besoin d’un consultant masculin…
Diogène — Oui, je veux bien tes impressions.
J.-E. — Ce serait bien de faire une critique du « renouveau du squirt à travers la pornographie », qui est, à mes yeux, ce qui a le plus dénaturé le truc pour en faire une performance porno.
D. — Ok. Bonne idée.
J.-E. — Et aussi de parler de la transition entre le « naturel » (dont on parle déjà au Moyen Age dans des chansons comme À la claire fontaine) et la période « taboue » où c’était considéré comme un problème physique (le gynéco d’une ex à moi lui a proposé de l’opérer quand elle lui en a parlé !)
D. — Mon dieu !
J.-E. — Il y a parfois aussi du naturel et de la beauté simple : une fois, j’étais avec une petite jeune (elle avait dix-huit ans, j’en avait vingt-sept), j’étais un de se premiers amants. Elle venait d’un milieu très « nature », très chouette fille pas pervertie par la société. Lorsqu’on a fait l’amour, elle est devenue fontaine …
Avec des filles plus âgées ça a toujours été un moment un peu particulier quand elles le découvrent … Là c’était très naturel, juste du plaisir qui s’écoulait, sans s’auto juger. Elle n’a pas eu le tabou de « Hééé ! mais c’est sale ! »
Puis la réaction du mec joue beaucoup…
Le mec d’une autre copine à qui c’est arrivé pour la première fois l’a poussée du lit en plein orgasme en l’insultant et la traitant de sale pute parce qu’elle lui pissait dessus !
Je peux te dire que pendant des années, elle n’a plus jamais eu d’orgasme ! C’est en se rencontrant qu’elle a pu apprendre qu’elle n’était pas malade, sale et qu’elle pouvait jouir en se lâchant !
D. — Putain, quelle horreur !
Je veux absolument parler de l’abandon, d’être juste dans le moment, plus du tout dans la pensée.
Ce qui pour moi est le secret bien plus que la titillation du point G.
J.-E. — De toutes façons, à part chez les filles « exercées », il n’y a que dans l’abandon que ça peut arriver (et en général après plusieurs orgasmes préalables).
D. — C’est aussi mon impression.
Du coup, j’hésite à parler des glandes de Skene, de montrer des vidéos avec des « solutions magiques », parce que le truc technique sans le côté psychologique, ça me paraît potentiellement nuisible.
(Le psychologique a tellement d’importance que des neuneus comme Salomé peuvent affirmer qu’une femme doit être amoureuse pour être fontaine. L’Amour Courtois a encore de bons résidus phallocrates dégeu !)
J.-E. — T’as raison, ça serait justement alimenter l’approche porno de la chose. Le truc c’est que c’est « juste »  du sexe, dans toute sa normalité mais aussi dans toute sa complexité.
D. — J’ai aussi envie de parler de la recherche médicale et de son manque d’intérêt pour la chose.
Puis j’ai un très bel extrait de De l’eau tiède sous un pont rouge.
Et je suis tombée sur des militantes de la prostate féminine…

Je viens d’avoir une idée : tu serais d’accord que je reprenne cette conversation et que je la retravaille pour en faire mon article ? Je pourrais du coup mettre plein de liens, mais ça garderait un côté intime chouette !
Je m’y mets puis je t’envoie mon premier jet et tu me dis si ça te va.
J.-E. — Oh oui, envoie moi ton premier jet ! Slurp.
D. — Attention à tes blagues à la con : elles pourraient rentrer dans la postérité !

Diogène, clitoris, Frédérique Janssens

Bonus : la différence entre la baise en France et en Belgique selon Jean-Eudes

 
J.-E. — D’autant que ton regard belge sera très différent de l’approche française de la chose.
D. — Pourquoi ?
J.-E. — Les rapports homme/femme sont très différents en Belgique et en France.
Ici, les femmes se sont créé un système de protection très poussé, en raison de la surabondance des sollicitations, qui passe par une « princessisation » : les nanas se montent elles-mêmes sur des piédestaux, se rendant quasi inaccessibles pour le commun des mortels.
En Belgique, avec beaucoup de filles, tu les rencontres, tu passes un bon moment avec et elles acceptent de se laisser porter pour aller voir plus loin si il y a quelque chose.
Ce sera après le café du lendemain matin que vous verrez si ça donne envie de se revoir ou pas … Tu es content(e) de ta nuit, tu peux recroiser l’autre après sans qu’il n’y ait de gros malaise …
D. — Et en France, vous faites comment pour baiser, alors ?
J.-E. — C’est quasi impossible d’avoir une accroche directe : la nana a déjà été abordée cinquante fois avant que tu la croises, elle a refusé suffisamment de prétendants pour te considérer avec mépris (ce qui est, d’une certaine manière, légitime).
Du coup les rencontres « fortuites » n’existent pas, il faut des cadres et des codes plus compliqués et tordus : ça se passe plus en soirée, avec pas mal d’alcool et de danses du paon (la thune, les potes, les bons mots, un corps qui en jette…)
Si tu passes ces épreuves, tu auras peut-être droit à un coït glauque vite fait, dans les chiottes ou ailleurs, qui se finit par la marche de la honte et tu ne veux plus jamais croiser cette personne de ta vie.
Au final personne n’y trouve son compte : le mec essaye d’éjaculer rapidement et la nana fait le plus de bruit possible pour que ça aille plus vite.
Bon, c’est un peu des gros raccourcis et des clichés, mais sur le chat de facebook c’est le mieux que je puisse faire sans me faire des crampes de doigts !

Texte paru initialement dans Feever.
Illustration : Frédérique Janssens.